Extrait du Fouet au couvent

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Extrait de / Excerpt from : Le Fouet au couvent.


L'abbesse donna le signal et la flagellation commença rude et sévère.

La servante, qui était devant, lança les sept lanières à nœuds au ventre et celle qui était derrière cingla les fesses.

L'attaque avait été violente et simultanée. Les deux coups étaient arrivés en même temps à leur adresse.

Les deux servantes frappaient à grands coups espacés et la pitoyable victime donnait de la voix à plein gosier.

Les dures lanières de cuir traçaient sur ce beau corps de hideux sillons et la peau creva sous les offensifs haricots de bois. Le sang souilla cette peau si blanche, y dessina un lacis hideux entremêlé et enchevêtré de flaques et de tavelures.

Quant à l'expression du visage de la victime, elle était saisissante.

Les traits tirés et convulsés d'Agnès exprimaient le plus affreux désespoir. Elle était horriblement pâle et ses yeux largement dilatés reflétaient l'horreur et une infinie tristesse.

Il va sans dire que ses cris étaient assourdissants, tandis que ses larmes ruisselaient abondamment le long de ses joues.

Les autres religieuses, la respiration suspendue, captivées par ce terrifiant spectacle, pleuraient et sanglotaient aussi. La terreur faisait vibrer leurs nerfs.

L'abbesse, dont les yeux clairs et brillants, d'une mobilité extrême, ne perdaient pas un détail de ce qui se passait dans l'assemblée, nota aussitôt l'extrême agitation des nonnes.

Elle ordonna :

— Dépouillez-vous toutes ! Soyez nues jusqu'à la ceinture. Toutes !

Un vaste gémissement lui répondit.

Hélas ! Voilà ce qu'elles avaient redouté, les religieuses. Elles savaient bien qu'elles n'en seraient pas quittes à bon marché, et que leur part de souffrance était décrétée. Cependant il ne vint à l'esprit d'aucune de refuser son obéissance. La crainte qu'elles ressentaient envers l'abbesse était trop profonde pour leur permettre de discuter son autorité.

Elles apparurent bientôt le torse nu.

C'était un spectacle charmant au possible, un vrai régal pour les yeux, car toutes ces religieuses étaient jeunes et remarquablement jolies. Chacune était en possession de quelque beauté différente dont à bon droit, à juste titre, elle eût pu être fière, si l'abbesse avait toléré la fierté, si elle ne s'était plu à humilier dans les basses abjections, celle qui osait montrer quelque orgueil.

Toutes ces belles filles étant ainsi nues jusqu'à la ceinture, l'abbesse prit plaisir à considérer les seins superbes. Les unes avaient la gorge opulente, d'autres, l'avaient menue. Mais toutes étaient d'une beauté de formes irréprochable, analogue aux gracieuses fraises des bois.

L'abbesse à son tour s'empara d'un fouet. Il était composé de fils d'acier brillants comme l'argent. Avant de s'en servir elle disait :

— Elevez vos âmes vers le Ciel, mes chères sœurs. Consacrez-lui la souffrance que je vais vous infliger pour votre bien. Je vais avec ceci (et elle agita le fouet éclatant pareil à un glaive de flamme) je vais fouetter vos blanches poitrines, les tacher de votre sang. J'espère que cette charité me sera comptée par Celui qui voit tout et qu'elle me fera trouver grâce à ses yeux. Préparez-vous à subir une rude pénitence, mes chères sœurs, car je ne vous ménagerai pas. Il est juste que vous sachiez éviter le péché que sœur Agnès expie en ce moment. Or, pour l'éviter, l'exemple par les yeux ne suffit. Il est bon de voir souffrir, mais il est préférable de ressentir la souffrance. Priez pour moi, très chères sœurs, pendant que je vous fouetterai.

Des gémissements, des sanglots lui répondirent.

Toutes, la mort dans l'âme, rentraient instinctivement cette poitrine si menacée.

L'abbesse attendit encore un moment, savourant avec volupté leur angoisse.



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