Extrait de Les Barbares de l'Orénoque

De BiblioCuriosa.

Extrait de / Excerpt from : Les Barbares de l'Orénoque.


Quatre solides piquets avaient été enfoncés dans le sol par leur soin, formant un carré d'environ trois mètres de côté, et bientôt Maud y était attachée, face au sol, et les membres en croix. Ainsi écartelée, elle demeurait immobile, silencieuse. Pourtant ses lèvres remuaient. Les yeux clos, pâle comme une morte, la pauvre enfant priait.

Cette résignation déplut à ses tourmenteurs. Ils installèrent un garrot sur les cordes et le tordirent. Les liens se tendaient, arrachant des gémissements à la malheureuse. Alors elle entendit comme dans un rêve que son principal bourreau lui disait :

« Maintenant, chienne, tu vas être torturée, puisque tu ne veux pas nous remettre la lettre que tu nous a promise pour ta sœur. Nous allons te mettre nue ! »

Avec leurs couteaux, ils lacérèrent ses vêtements, coupant ce qui ne venait pas avec facilité. En vain, la pauvrette suppliait-elle, les indiens ne faisaient que rire de ses appels et de ses plaintes. Peu à peu sa nudité apparaissait, tranchant, pâle et nacrée, sur le sol noirâtre. Enfin, les derniers lambeaux d'étoffe cédèrent et son corps, malgré la chaleur, frissonna contre la terre humide. Ses vêtements furent jetés dans l'arroyo.

Ainsi dévêtue et liée, la jeune vierge eut inspiré une profonde pitié à quiconque l'eut vue ! Mais aucun sentiment de cette nature ne pouvait venir aux indiens qui, eux-mêmes, sont à peu près complètement nus.

Alors, s'armant de cravaches faites de joncs souples coupés près de la rivière, les indiens l'entourèrent. Avec ensemble, les trois baguettes fines s'abattirent sur sa croupe nue et pâle. La cinglée triple lui causa une douleur atroce et, se raidissant à faire craquer ses membres, elle hurla sa douleur.

Une deuxième fouaillée, au creux des seins celle-là, l'atteignit. La douleur fut terrible. Il lui sembla qu'on lui arrachait les chairs avec un croc de fer. A nouveau, sa plainte angoissée retentit sous la voûte des arbres dans lesquels les oiseaux chantaient éperdument.

Mais son cri n'avait pas encore cessé de vriller aux oreilles de ses bourreaux que la flagellation reprenait, chacun des indiens frappant maintenant à sa cadence propre, sans s'occuper des autres. L'un frappait aux fesses, l'autre aux reins, le troisième sur les épaules. La douleur que subissait la martyre était absolument atroce et elle n'était plus qu'une douleur vivante, hurlante, écumante, tordue dans une clameur d'horreur, dans une souffrance indicible. Les cris ne cessaient plus. Et ces cris semblaient encourager et réjouir profondément les trois hommes qui s'en donnaient à cœur joie de faire naître à chaque seconde une souffrance nouvelle, une douleur plus aiguë !

De pâle, son épiderme délicat était passé au rose vif, puis avait tourné au rouge brun. Par endroits, où un coup avait porté davantage, une ligne violacée tranchait et déjà des boursouflures mettaient leurs cloques blanchâtres sous la peau détendue. En travers des fesses, deux raies violettes laissaient suinter des gouttes de sang noirâtre.

La martyre semblait râler, aphone, se tordant par saccades violentes et vaines. Des sanglots la secouaient toute et pourtant, par instants, elle retrouvait assez de force pour supplier ses bourreaux d'une voix lamentable. Mais eux, tout à la joie de torturer une blanche, semblaient trouver dans les appels de la malheureuse une raison de plus pour s'exciter à la frapper.



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