Extrait de Le Pacha Sanguinaire

De BiblioCuriosa.

Extrait de / Excerpt from : Le Pacha Sanguinaire.


La femme revint bientôt, apportant des instruments bizarres.

Le maître, se tournant vers ses esclaves, ordonna : « Allons, mettez-vous nues ! »

Depuis longtemps déjà, les enfants avaient perdu leur pudeur en présence du pacha, aussi obéirent-elles avec rapidité et, quelques secondes plus tard, elles apparurent complètement dévêtues.

La négresse alors s’agenouilla devant une fillette, lui fit allonger la main et, à l’extrémité de chaque doigt, fixa une ficelle assez courte au bout de laquelle pendait une petite boule de plomb pesant environ une demi-livre et toute hérissée de longues pointes. Elle procéda de même pour l’autre main et pour chaque fillette en particulier.

Les esclaves avaient ainsi à chaque main un poids excessif pour leurs faibles forces.

Chadly s’installa dans son fauteuil, s’arma d’une chambrière et donna l’ordre de danser, tandis que la négresse, accroupie à terre, rythmait la cadence en chantant et en frappant dans ses mains. Les pauvres esclaves obéirent, esquissant un pas gracieux. Au premier mouvement, les boules de plomb balancèrent et les pointes vinrent frapper les cuisses, s’accrochant dans les chairs. Pour éviter les blessures, elles relevèrent leurs menottes, mais le poids trop lourd les obligea bientôt à les rabaisser. Les boules balancèrent et de nouveau heurtèrent les cuisses qui s’ensanglantèrent. Peu à peu, après avoir répété le même mouvement plusieurs fois, elles commencèrent à perdre la tête et la danse s’en ressentit. Alors le fouet entra en scène, chaque fillette qui s’oubliait était cinglée cruellement aux bras, aux seins, au visage. On voyait, progressivement, leurs jolis corps se rosir et la peau se marbrer de longs traits bleuâtres. Pendant ce temps, les boules continuaient leur office, se heurtaient les unes contre les autres avec un bruit sonore, rebondissant ensuite sur une cuisse ou sur une hanche, laissant à chaque fois leur marque sanglante. La douleur que les malheureuses ressentaient engourdissait lentement leurs jambes, et ce n’était qu’à force d'énergie qu’elles parvenaient à lever les pieds. De plus en plus, elles se pliaient en deux, la force leur manquant pour se tenir droites. Le fouet claquait, tourbillonnait au-dessus des têtes, s’appliquait sur les chairs qu’il mettait à vif, les coupant de larges raies dont le sang s’échappait.

Le prince, impassible, souriait, critiquait, donnait son approbation, ponctuant toujours ses paroles par un coup violent de la mèche meurtrière. Enfin, les esclaves, incapables de résister plus longtemps, tombèrent à genoux, les mains en avant, pour éloigner de leur corps ces boules infâmes. L’une pleurait, laissant tomber de grosses larmes qui s’aplatissaient sur le sol en larges gouttes ; une autre répétait à voix basse, sans s’arrêter : « Pitié ! pitié ! » Une troisième s’était laissée tomber à quatre pattes, sans courage et, dans cette pose baroque, gémissait. Chacune se conduisait suivant son caractère particulier ; les nerveuses hurlaient, les calmes soupiraient à voix basse.

Le maître les regardait avec son rire sardonique, leur répétant doucement, sans les menacer : « Voulez-vous danser ? » Naturellement, personne ne répondait et toutes restaient dans la position où elles se trouvaient. Après leur avoir ordonné pendant un moment de se relever, il feignit, comme elles n'obéissaient pas, de se mettre en colère. Il se leva, frappa du pied avec rage, appelant la négresse. Aussitôt, avec ensemble, toutes les menottes s’étaient jointes dans une pose suppliante, et les fillettes, à grands cris, implorèrent grâce.

Le maître leur répéta : « Dansez ! » Mais elles étaient maintenant trop épuisées pour parvenir seulement à se tenir debout. Pendant ce temps, la négresse avait exécuté les ordres que le pacha venait de lui donner. Elle avait apporté un haut trépied à l’extrémité duquel se trouvait un crochet. A ce crochet on attacha, au moyen d’une corde, une planche carrée, toute hérissée d’immenses couteaux dont la lame pendait. On avait relié la corde à une autre un peu moins grosse à laquelle on mit le feu.

Alors le maître attira l’attention des esclaves sur leur position. Elles virent toutes au-dessus de leur tête ces couteaux dont la lame d’acier brillait au soleil du matin. Regardant un peu de côté, elles voyaient la cordelette qui se consumait peu à peu et, quand cette petite flamme, qui serpentait, atteindrait l’autre corde, la planche s’abattrait de tout son poids sur elles, ces couteaux flamboyants les déchiquetteraient, les tueraient sans nul doute.



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