Extrait de L'Auberge Cornemuse

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Extrait de / Excerpt from : L'Auberge Cornemuse.


LA SÉNÉCHALE (seule).

Cet homme est le roi des hommes pour.... bien foutre une femme. Il n’a pas son pareil dans tout le royaume. C’est un manant, un vilain, mais c’est un homme, et quel homme ! Pas une dame de la cour qui n’ait eu recours à son robuste tempérament, et toutes ont agi de même, elles lui sont revenues. Pour être femme, on n’en a pas moins ses tentations : Messieurs nos maris se plaisent à nous rationner d’une façon beaucoup trop cruelle. Ils attaquent nos conins à la diable, montrant qu’ils sont pressés de s'en débarrasser, et qu’ils ne les sollicitent que parce qu’ils n’ont rien de mieux à se fourrer sous le ventre. Pourquoi s’étonner que nous cherchions ailleurs ce qu’ils ne nous donnent plus ? (Elle s’assoit sur un fauteuil). Cornemuse ne me retourne pas. (Elle se retrousse et se gratte le bouton avec abandon). Je voudrais qu’il fût déjà là. Ses baisers calmeraient ma fièvre, et me permettraient de me contenter de ce petit Sacrétinikas. (Elle laisse pendre la main sur les cuisses, et se retrousse de plus en plus, murmurant) : Cornemuse, Cornemuse.


SCÈNE. VIII.

LA SÉNÉCHALE, LE SÉNÉCHAL entrant en sourdine et se dissimulant, puis CORNEMUSE.

LE SÉNÉCHAL (bas).

Non, non, je ne me suis pas trompé. Ma femme ne parlait pas de façon naturelle à ce rustre de Cornemuse, et il se trame par ici quelque chose dont frétillent tous mes cheveux. Par la corne de Satan, s’il m’en pousse, je tue tout le monde, je massacre, j’extermine, je mets en bouillie, je ...

LA SÉNÉCHALE (assez fort).

Cornemuse, mon amour de Cornemuse.

LE SÉNÉCHAL (flageolant sur ses jambes).

Hein ! Malheur ! Où me cacher ?

CORNEMUSE (à la cantonade).

Oui, bichette, excellente idée, tu es un ange.

LE SÉNÉCHAL (se blottissant derrière un meuble à part).

A quelle scène dois-je m’apprêter à assister ?

CORNEMUSE (entrant).

Me voici noble dame. Je ne sais ce qu’est devenu le Sénéchal, je n'ai pu le retrouver.

LA SÉNÉCHALE (se redressant).

Le Sénéchal, que dis-tu ? Tu parles du sénéchal, de mon mari ? Tu cherches le sénéchal ? La folie envahirait-elle ton cerveau ?

CORNEMUSE (s'apercevant de sa méprise).

Mais non, c’est de mon marmiton que j'entendais parler. Je ne m’explique pas pourquoi j’ai prononcé le mot de Sénéchal. Ma femme me remplace. Nous sommes tranquilles, elle l’empêchera de pénétrer dans cette salle, votre serviteur est à vos ordres.

LA SÉNÉCHALE (qui l’examine).

Cette robe de moine te donne un drôle d'air. J’ai peur Cornemuse de ne plus rien oser avec toi.

CORNEMUSE (qui lui prend la main).

Le manant disparaît pour la dame. Devant les joyaux féminins, les hommes se valent. Ma main connaît toujours les bons chemins. Vous le voyez. Elle ose.

LA SÉNÉCHALE (retroussée et pelotée par Cornemuse).

Tu sais nous mettre tout de suite à l’aise.

LE SÉNÉCHAL (montrant le bout du nez, à part).

Elle appelle cela être à l’aise, la coquine ! Qui l’eut soupçonnée ? Sang de mes aïeux, soyez calme. Hum ! Quel objet fascine mes regards ? Je n’ai jamais tant vu d’elle, la catin ! Est-elle bien construite, la cochonne ! Cornemuse d’enfer, je n’aurai plus un jour de paix tant que ta langue n’ornera pas la porte de mes latrines.

CORNEMUSE (à genou, fait minette à la Sénéchale qui se tient retroussée).

Que ma langue appartienne à un frocard, ou qu’elle appartienne à un gargotier, elle n’en lèche pas moins avec délices ce joli petit trou du ciel.

LA SÉNÉCHALE.

Il n’existe pas, en ce bas monde, rival digne de toi.



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